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Le temps de Van Gogh, le temps du Festival d'Auvers-sur-Oise

Updated: Jul 22

L'ÉPOQUE - Il est des récits qui trouvent leur juste place lorsque le temps lui-même leur donne un sens. Nous sommes en juillet. C’est au cœur de ce mois que Vincent van Gogh parcourait chaque jour les chemins d’Auvers-sur-Oise. En quelques semaines seulement, dans un élan créateur d’une intensité exceptionnelle, il réalisa plusieurs des œuvres qui comptent aujourd’hui parmi les plus emblématiques de l’histoire de la peinture : l’église Notre-Dame, le jardin du docteur Gachet, les maisons du village, les racines d’arbres, ainsi que les différentes versions des champs de blé qui continuent, plus d’un siècle après leur création, de façonner l’imaginaire universel.


20.07.2026 © L'ÉPOQUE PARIS


Par Chloé Le Roy


Le temps de Van Gogh, le temps du Festival d'Auvers-sur-Oise
© Festival d'Auvers-sur-Oise.

À Auvers-sur-Oise, juillet n’est donc jamais un mois ordinaire. Il appartient autant à la mémoire du peintre qu’au paysage lui-même. Ici, la création ne relève pas seulement du passé : elle demeure une présence, presque une respiration, qui irrigue encore le village et inspire celles et ceux qui, aujourd’hui, font vivre son héritage artistique.


Le Festival d’Auvers-sur-Oise participe pleinement de cette continuité. Depuis quarante-cinq ans, il inscrit la musique au cœur d’un territoire où les arts dialoguent naturellement entre eux, faisant du patrimoine non le décor des concerts, mais l’un des acteurs de l’expérience artistique. Chaque édition prolonge ainsi cette rencontre singulière entre les œuvres, les lieux et la mémoire.

C’est dans cet esprit que L’ÉPOQUE, partenaire média officiel du Festival, a choisi d’achever aujourd’hui le récit de la programmation In de cette quarante-cinquième édition. Loin de constituer un simple retour sur des concerts désormais passés, ces dernières chroniques trouvent naturellement leur place en ce mois de juillet, lorsque la mémoire de Van Gogh semble plus présente que jamais à Auvers-sur-Oise.


Le temps de Van Gogh, le temps du Festival d'Auvers-sur-Oise
© Festival d'Auvers-sur-Oise.

Après avoir accompagné nos lecteurs tout au long du Festival, il nous reste à évoquer les trois derniers rendez-vous de cette programmation In : le récital de Bella Schütz, l’hommage rendu à Ray Charles dans le cadre des Fenêtres ouvertes sur le jazz, puis le grand concert de clôture consacré à Georg Friedrich Händel, porté par Les Musiciens du Louvre sous la direction de Clément Pottier.

Trois soirées d’esthétiques profondément différentes, mais réunies par une même exigence artistique et une même ambition : faire dialoguer les grandes œuvres, les interprètes d’aujourd’hui et l’histoire d’un lieu qui, depuis Vincent van Gogh jusqu’au Festival d’Auvers-sur-Oise, n’a jamais cessé de placer la création au cœur de son identité.


Le récit de cette quarante-cinquième édition se poursuit donc ici, avant que le Postlude de septembre ne vienne refermer, pour quelques semaines seulement, cette nouvelle saison musicale.



RÉCITAL DE LA PIANISTE BELLA SCHÜTZ

Vendredi 27 juin 2026 – 21 h – La Luciole de Méry-sur-Oise


Le grand répertoire romantique ne cesse de révéler de nouvelles générations d’interprètes appelées à en renouveler la lecture. Loin d’une simple démonstration de virtuosité, il exige une compréhension profonde du langage des compositeurs, une maîtrise absolue du son et cette capacité plus rare encore à faire naître l’émotion sans jamais céder à l’effet. C’est dans cette perspective que s’inscrivait le récital donné par Bella Schütz à La Luciole de Méry-sur-Oise, devant une salle comble.


Le temps de Van Gogh, le temps du Festival d'Auvers-sur-Oise
© Festival d'Auvers-sur-Oise.

Déjà remarquée à l’occasion de son premier enregistrement, unanimement salué par la presse spécialisée, la jeune pianiste confirmait les promesses d’un parcours artistique en pleine affirmation.


Le programme s’ouvrait par le Prélude en ut dièse mineur, opus 45 de Frédéric Chopin, page singulière dont la liberté formelle annonce déjà certaines audaces de la maturité du compositeur. Bella Schütz en proposait une lecture empreinte d’une grande sensibilité, privilégiant la respiration de la phrase et la continuité du discours musical.


Le temps de Van Gogh, le temps du Festival d'Auvers-sur-Oise
© Festival d'Auvers-sur-Oise.

Le récital se poursuivait avec trois Lieder de Franz Schubert transcrits par Franz Liszt, rappelant l’admiration profonde que ce dernier portait au compositeur viennois et son désir de prolonger, au piano, toute la richesse expressive de la voix humaine. Parmi ces pages figurait un remarquable Gretchen am Spinnrade, servi par un jeu à la fois délicat, inspiré et brillant, où la maîtrise technique demeurait constamment au service de l’expression.


La seconde partie était entièrement consacrée à Frédéric Chopin, avec les Nocturnes nº 1 et 2 les Ballades n° 3 et n° 4, quatre œuvres majeures de la littérature pianistique du XIXᵉ siècle. Bella Schütz y confirmait la profonde affinité qui la lie à celui que l’on a souvent qualifié de « plus français des compositeurs polonais ». Son interprétation séduisait par une virtuosité toujours maîtrisée, un chant d’une belle intensité expressive ainsi qu’une sonorité ample, chaleureuse et parfaitement projetée.


Le temps de Van Gogh, le temps du Festival d'Auvers-sur-Oise
© Festival d'Auvers-sur-Oise.

Longuement acclamée par le public, en présence de Valérie Pécresse et de Florence Portelli, venues témoigner de leur soutien au quarante-cinquième Opus du Festival, dont la Région Île-de-France est un partenaire institutionnel historique, la pianiste offrait deux bis consacrés à son compositeur de prédilection : une Mazurka, suivie de la flamboyante Grande Polonaise brillante en la bémol majeur, qui venait conclure cette soirée sous les ovations.


Ce récital confirmait ainsi l’éclosion d’une personnalité musicale déjà solidement affirmée, dont la maturité artistique laisse entrevoir un parcours appelé à s’inscrire durablement parmi les jeunes pianistes les plus remarqués de sa génération.


Le temps de Van Gogh, le temps du Festival d'Auvers-sur-Oise
© Festival d'Auvers-sur-Oise.

HOMMAGE À RAY CHARLES

Mercredi 1er juillet 2026 – 21 h 30

Cour d’honneur du Château d’Auvers-sur-Oise


Depuis plusieurs années, les « Fenêtres ouvertes sur le jazz » occupent une place singulière dans la programmation du Festival d’Auvers-sur-Oise. Elles rappellent que l’excellence musicale ne connaît pas de frontières esthétiques et que les grandes traditions, lorsqu’elles sont servies avec la même exigence artistique, se répondent naturellement.


Le temps de Van Gogh, le temps du Festival d'Auvers-sur-Oise
© Festival d'Auvers-sur-Oise.

C’est sous la douceur d’une belle soirée d’été, alors que le soleil déclinait sur la cour d’honneur du Château d’Auvers-sur-Oise, propriété du Département du Val-d’Oise, que se déroulait cette sixième édition, désormais devenue un rendez-vous incontournable du Festival. Le public avait répondu en nombre pour assister à l’hommage rendu à Ray Charles par le groupe Max Darmon, accompagné du chanteur Opé.


Dès son entrée en scène, Opé imposait une présence magnétique qui donnait immédiatement le ton de la soirée. Sa voix, au timbre profondément marqué par la soul, nourrie de jazz et de gospel, impressionnait par l’étendue de son ambitus, passant avec une remarquable aisance d’aigus lumineux à des graves chaleureux et sensuels.


Le temps de Van Gogh, le temps du Festival d'Auvers-sur-Oise
© Festival d'Auvers-sur-Oise.

À ses côtés, Max Darmon à la basse, Paul Sany au piano et aux claviers, Pierre Schmidt à la guitare et Florian Pons à la batterie faisaient revivre les plus grands succès du génie américain : Georgia on My Mind, Hit the Road Jack, I Got a Woman ou encore What’d I Say.


Porté par des arrangements efficaces et un sens du groove irrésistible, le concert gagnait progressivement en intensité au fil des morceaux. À mesure que la nuit enveloppait le château et que ses façades s’illuminaient, l’enthousiasme du public ne cessait de grandir. Artistes et festivaliers partageaient le même plaisir de célébrer un répertoire intemporel dans une atmosphère chaleureuse et festive.


Par la qualité de ses musiciens, l’engagement de son interprète et la fidélité de son hommage à l’une des figures les plus marquantes de la musique américaine du XXᵉ siècle, cette soirée s’imposa naturellement parmi les beaux moments de ce quarante-cinquième Opus du Festival d’Auvers-sur-Oise.


Le temps de Van Gogh, le temps du Festival d'Auvers-sur-Oise
© Festival d'Auvers-sur-Oise.

CONCERT DE CLÔTURE AUVERS OPUS 45

Vendredi 3 juillet 2026 – 21 h

Église Notre-Dame d’Auvers-sur-Oise


Le concert de clôture d’un festival revêt toujours une portée particulière. Il ne constitue pas seulement l’aboutissement d’une programmation ; il en devient la synthèse, révélant l’esprit qui a animé l’ensemble de l’édition. Pour ce quarante-cinquième Opus, le Festival d’Auvers-sur-Oise accueillait pour la première fois de son histoire Les Musiciens du Louvre, formation fondée par Marc Minkowski, dont l’engagement en faveur du répertoire baroque a profondément marqué l’interprétation historiquement informée depuis plus de quatre décennies.


Le temps de Van Gogh, le temps du Festival d'Auvers-sur-Oise
© Festival d'Auvers-sur-Oise.

Le public attendait avec impatience cette rencontre. Pourtant, à la veille du concert, un événement inattendu venait en bouleverser le déroulement. Toujours hospitalisé et soumis à une interdiction formelle de se lever, Marc Minkowski informait le directeur fondateur du Festival, Pascal Escande, qu’il lui serait impossible d’assurer la direction du programme. Au terme d’un échange empreint d’émotion, une décision s’imposait naturellement : Clément Pottier, son jeune disciple et proche collaborateur, prendrait la tête de l’orchestre pour un programme entièrement consacré à Georg Friedrich Händel, compositeur auquel Marc Minkowski demeure intimement associé.


Le temps de Van Gogh, le temps du Festival d'Auvers-sur-Oise
© Festival d'Auvers-sur-Oise.

L’accueil réservé au chef et aux musiciens, dès leur entrée dans l’église Notre-Dame d’Auvers-sur-Oise, témoignait de l’attente et du soutien du public. Une chaleureuse ovation précédait les premières mesures du Nisi Dominus HWV 238, qui ouvrait cette soirée avec une lecture éclatante de jeunesse, de vivacité et de couleurs. Solistes, chœur et orchestre déployaient d’emblée les qualités qui font depuis longtemps la réputation des Musiciens du Louvre : précision de l’exécution, engagement collectif et sens dramatique.


Le programme se poursuivait avec deux pages d’Antonio Vivaldi, contemporain et rival de Handel. Le Concerto alla Rustica RV 151, souvent utilisé comme intermède dans les opéras du compositeur vénitien, bénéficiait d’une interprétation magistrale, portée par la cohésion de l’orchestre, la complicité du premier violon Rachel Podger et la direction particulièrement inspirée de Clément Pottier.


Le temps de Van Gogh, le temps du Festival d'Auvers-sur-Oise
© Festival d'Auvers-sur-Oise.

Le climat changeait profondément avec le Stabat Mater RV 621. L’œuvre installait une atmosphère de méditation où la dimension spirituelle prenait toute son ampleur. La contralto Monica Jägerová, portée par un timbre somptueusement velouté, incarnait avec une intensité bouleversante la douleur de la Vierge Marie, offrant l’un des moments les plus marquants de la soirée.


Après l’entracte, le Salve Regina HWV 241 permettait à la soprano Lydia Hoen Tjoré de déployer une ligne de chant d’une grande pureté, avant que ne s’élève le monument de cette soirée : le Dixit Dominus HWV 232, chef-d’œuvre de jeunesse composé par Händel à l’âge de vingt-deux ans, partition dont la puissance dramatique, la richesse contrapuntique et la virtuosité chorale annoncent déjà l’un des plus grands maîtres du baroque européen.


À seulement vingt-trois ans, Clément Pottier y faisait preuve d’une remarquable maturité artistique. Son geste précis, son autorité naturelle et son énergie communicative entraînaient l’ensemble des musiciens et des chanteurs dans une interprétation d’une intensité exceptionnelle. Mené dans un tempo audacieux évoquant la grandeur des grandes traditions chorales anglaises, le Dixit Dominus impressionnait par son architecture, son relief rythmique, sa puissance expressive et la maîtrise souveraine du contrepoint, admirablement servie par les six solistes, les quatre ripiénistes, le chœur et l’orchestre.


Le temps de Van Gogh, le temps du Festival d'Auvers-sur-Oise
© Festival d'Auvers-sur-Oise.

Au fil de cette vaste fresque sacrée, le génie de Händel se déployait avec une force remarquable, porté par une lecture à la fois exigeante, généreuse et profondément habitée par le style du compositeur. Plus qu’un simple remplacement, cette direction confirmait la capacité de Clément Pottier à assumer un programme d’une telle ampleur avec une maîtrise déjà impressionnante.


Accueillis par un public debout, les trois bis venaient prolonger une soirée qui concluait avec éclat le quarante-cinquième Opus du Festival d’Auvers-sur-Oise. Cette première venue des Musiciens du Louvre à Auvers restera comme l’un des événements marquants de cette édition anniversaire, tandis que l’interprétation de Clément Pottier révélait une personnalité musicale dont l’avenir mérite d’être suivi avec la plus grande attention.


Le temps de Van Gogh, le temps du Festival d'Auvers-sur-Oise
© Festival d'Auvers-sur-Oise.

Ainsi s’achève le récit de la programmation In du quarante-cinquième Festival d’Auvers-sur-Oise. Une édition qui aura, une fois encore, rappelé que la musique ne se limite pas à être interprétée : elle s’inscrit dans un territoire, dialogue avec son histoire et trouve à Auvers-sur-Oise un écrin où patrimoine, création et mémoire continuent de se répondre avec une rare évidence. Depuis quarante-cinq ans, le Festival fait vivre cet héritage en réunissant les plus grands interprètes comme les jeunes talents autour d’une même exigence artistique.


En qualité de partenaire média officiel, L’ÉPOQUE aura eu l’honneur d’accompagner cette nouvelle édition au fil de ses concerts, de ses rencontres et de ses découvertes. Nous retrouverons avec plaisir nos lecteurs à l’occasion du Postlude de septembre, afin de poursuivre le récit de cette quarante-cinquième édition.

« Car les grandes choses ne surviennent pas uniquement par impulsion, elles sont une succession de petites choses mises ensemble » — Vincent van Gogh, lettre à Theo, La Haye, 22 octobre 1882 (Lettre 274). 

En ce mois de juillet, où la mémoire de Vincent van Gogh demeure plus présente que jamais à Auvers-sur-Oise, L’ÉPOQUE, partenaire média officiel du Festival, achève le récit de la programmation In de son quarante-cinquième Opus. Du récital de Bella Schütz à l’hommage à Ray Charles, jusqu’au concert de clôture des Musiciens du Louvre, ces chroniques témoignent d’une édition où musique, patrimoine et création n’ont cessé de dialoguer.

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