Festival d’Auvers-sur-Oise 2026 : la musique poursuit son chemin, des salons romantiques aux révélations de demain
- L'ÉPOQUE PARIS

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L'ÉPOQUE - Alors que s’achève ce soir la programmation « In » du Festival d’Auvers-sur-Oise 2026 sous la direction de Marc Minkowski avec Les Musiciens du Louvre, L’ÉPOQUE poursuit ses chroniques consacrées à cette quarante-cinquième édition en revenant sur les rendez-vous qui ont marqué la seconde moitié du mois de juin. Entre le 12 et le 26 juin, le Festival d’Auvers-sur-Oise a confirmé l’identité qui fait sa réputation depuis plus de quatre décennies : faire coexister les grandes œuvres du répertoire, la création vivante, la transmission des savoirs et la découverte des artistes qui construiront la scène musicale de demain.
03.07.2023 © L'ÉPOQUE PARIS
Par Chloé Le Roy

L’histoire d’Auvers-sur-Oise possède cette singularité rare de ne jamais appartenir exclusivement au passé. Peu de lieux en Europe présentent une telle continuité entre patrimoine et création. Depuis le XIXᵉ siècle, le village attire peintres, écrivains, musiciens et penseurs qui trouvent, dans un même paysage, un espace propice à la recherche artistique. Ici, les disciplines ne se succèdent pas, elles se répondent.
Lorsque Vincent van Gogh arrive à Auvers-sur-Oise le 20 mai 1890, il rejoint un territoire déjà profondément marqué par plusieurs générations d’artistes. Charles-François Daubigny y avait établi sa maison-atelier, Camille Corot y recherchait une lumière nouvelle, tandis que Camille Pissarro, Paul Cézanne, Honoré Daumier et bien d’autres avaient contribué à faire d’Auvers l’un des grands foyers de la peinture moderne. Van Gogh n’en constitue pas l’aboutissement ; il en représente l’un des sommets, laissant derrière lui, en seulement soixante-dix jours, une œuvre dont la portée dépasse largement le cadre de l’histoire de l’art.
Plus d’un siècle plus tard, cette vocation demeure intacte. Les paysages continuent d’inspirer les créateurs, tandis que les lieux patrimoniaux poursuivent naturellement leur dialogue avec les formes contemporaines d’expression. C’est dans cette continuité que s’inscrit depuis quarante-cinq ans le Festival d’Auvers-sur-Oise.
Bien davantage qu’une succession de concerts, le Festival propose chaque année une véritable traversée des répertoires, faisant dialoguer patrimoine musical, création contemporaine, transmission et émergence de nouveaux talents. Les concerts prennent place dans des lieux dont l’histoire participe pleinement à leur résonance : l’église Notre-Dame d’Auvers-sur-Oise, la Maison-atelier Daubigny ou encore les différents sites patrimoniaux du village deviennent autant de partenaires de la vie musicale.
À l'occasion du dernier concert de la programmation « In », L’ÉPOQUE poursuit ses chroniques consacrées à cette édition en revenant sur les rendez-vous qui ont marqué la seconde moitié du mois de juin. Une fois de plus, le Festival d'Auvers-sur-Oise a confirmé l’identité qui fait sa réputation depuis plus de quatre décennies : faire coexister les grandes œuvres du répertoire, la création vivante, la transmission des savoirs et la découverte des artistes qui construiront la scène musicale de demain.

Retrouver l’esprit des salons romantiques
Le 12 juin, l’église Notre-Dame d’Auvers-sur-Oise accueillait « Une soirée chez Clara et Robert Schumann », un programme conçu comme une immersion dans l’univers intellectuel et artistique du romantisme allemand.
Plutôt qu’un simple concert, le Festival proposait de retrouver l’atmosphère des grands salons musicaux du XIXᵉ siècle, où littérature, musique et poésie participaient d’un même dialogue. La soirée associait ainsi le récit biographique à l’interprétation musicale afin de faire revivre l’intimité artistique de Clara et Robert Schumann, l’un des couples les plus marquants de l’histoire de la musique européenne.
Séphora Pondi conduisait cette traversée biographique en retraçant les principales étapes de leur existence : la rencontre sous l’autorité exigeante de Friedrich Wieck, père de Clara, les obstacles qui précédèrent leur mariage, leurs carrières respectives de concertiste et de compositeur, leur vie familiale auprès de leurs huit enfants, puis les tourments intérieurs de Robert Schumann jusqu’à sa disparition. Par une diction précise, une éloquence naturelle et une présence scénique rayonnante, elle donnait toute sa dimension humaine à ce parcours.
La partie musicale réunissait le Trio Dichter, composé du violoniste Théotime Langlois de Swarte, de la violoncelliste Hanna Salzenstein et de la pianiste Fiona Mato.

Théotime Langlois de Swarte confirmait les qualités qui lui valent une reconnaissance croissante, aussi bien comme violoniste que comme chef d’orchestre. À ses côtés, Hanna Salzenstein faisait entendre une sonorité profonde, chaleureuse et lumineuse, tandis que Fiona Mato mettait au service de l’ensemble les qualités de chambriste qui caractérisent son parcours : richesse du timbre, toucher délicat et palette sonore particulièrement nuancée.
Le programme associait naturellement les œuvres de Clara Schumann, Robert Schumann et Johannes Brahms. Ce rapprochement rappelait les liens humains et artistiques qui unirent ces trois figures majeures du romantisme allemand. Après la disparition de Robert Schumann, Johannes Brahms demeura l’un des plus proches soutiens de Clara, entretenant avec elle une relation intellectuelle et musicale qui continue d’occuper une place importante dans les recherches consacrées au XIXᵉ siècle.
Sous les voûtes de l’église Notre-Dame, dont Vincent van Gogh fit l’un des motifs les plus célèbres de son séjour à Auvers en 1890, cette rencontre entre littérature et musique trouvait un cadre particulièrement évocateur. Les organisateurs évoquaient eux-mêmes cette lumière qui semblait prolonger les paysages de Corot, Daubigny ou Van Gogh, conférant à la soirée une atmosphère suspendue.
Le concert s’achevait avec les Kinderszenen de Robert Schumann, avant que plusieurs minutes d’applaudissements ne viennent saluer les artistes et conclure cette première étape d’un parcours musical où la mémoire devenait, une fois encore, source de création.

Claire-Marie Le Guay et Thierry Escaich : une fidélité devenue dialogue
Au lendemain de cette immersion dans l’univers des Schumann, le Festival d’Auvers-sur-Oise retrouvait deux artistes dont les parcours sont étroitement liés à son histoire récente : la pianiste Claire-Marie Le Guay et le compositeur, organiste et improvisateur Thierry Escaich. Depuis le milieu des années 1990, leurs présences régulières ont accompagné l’évolution du Festival, au point d’en devenir deux figures familières.
La soirée s’ouvrait par un entretien animé par Émilie Munera, au cours duquel les deux musiciens revenaient sur les étapes marquantes de leur collaboration et sur les liens qui les unissent au Festival depuis près de trois décennies. Cette rencontre était également l’occasion de célébrer le vingtième anniversaire du grand orgue de l’église Notre-Dame d’Auvers-sur-Oise, devenu au fil des éditions l’un des instruments emblématiques de la manifestation.

Le programme avait été conçu comme un véritable dialogue : dialogue entre le piano et l’orgue, entre l’interprétation et l’improvisation, entre le patrimoine musical et la création contemporaine. Comme souvent dans l’univers musical de Thierry Escaich, Johann Sebastian Bach constituait le fil conducteur de cette architecture artistique.
Claire-Marie Le Guay interprétait d’abord le Concerto italien de Bach, tandis que Thierry Escaich lui répondait avec la Toccata dorienne. Cette alternance entre les deux instruments donnait progressivement naissance à une conversation musicale où chacun conservait sa personnalité tout en participant à une même construction.
Le programme se poursuivait avec le Carnaval op. 9 de Robert Schumann, œuvre qui occupe une place particulière dans le parcours de Claire-Marie Le Guay puisqu’elle l’avait enregistrée dès 1998 pour DiscAuverS, le label créé par le Festival afin d’accompagner les jeunes talents. À partir d’Eusébius, cinquième numéro de cette partition, Thierry Escaich développait une vaste improvisation symphonique nourrie des thèmes schumanniens, avant de conduire progressivement son discours jusqu’à une toccata finale qui suscita l’enthousiasme du public.
La seconde partie mettait davantage en lumière le compositeur. Sous les doigts de Claire-Marie Le Guay, Aria puis Étude impressionniste, hommage poétique à Auvers-sur-Oise, village des artistes et de Vincent van Gogh, révélaient différentes facettes de son écriture pianistique. Cette dernière œuvre rappelait combien le paysage d’Auvers continue d’inspirer les créateurs d’aujourd’hui, tout comme il inspira autrefois les peintres de l’École de Barbizon, les impressionnistes puis Vincent van Gogh lui-même.

Le concert s’achevait avec Choral’s Dream, partition réunissant piano et orgue dans une même respiration musicale. Thierry Escaich y propose une synthèse entre deux instruments dont les caractères paraissent opposés : l’intimité, la souplesse et la percussion du piano répondent à la puissance architecturale et à la richesse des timbres de l’orgue. L’œuvre les réunit dans une vaste fresque aux dimensions résolument symphoniques.
Le public réserva aux deux artistes une longue ovation ponctuée de nombreux bravos, de fleurs et de chaleureux applaudissements. Une formule, reprise avec humour à l’issue de la soirée, résumait parfaitement l’impression laissée par ce concert : « Si le piano fut incontestablement le roi de cette soirée, l’orgue en fut assurément le pape. »
Au-delà de l’événement musical lui-même, cette rencontre rappelait également une dimension essentielle du Festival d’Auvers-sur-Oise : la fidélité. Fidélité des artistes qui y reviennent d’année en année, fidélité d’un public qui accompagne cette aventure depuis plusieurs décennies, mais aussi fidélité à une conception de la culture où création contemporaine et patrimoine ne s’opposent jamais. À Auvers, les œuvres du passé continuent d’éclairer celles du présent, tandis que les créations d’aujourd’hui prolongent naturellement une histoire artistique qui, depuis plus d’un siècle, ne cesse de s’écrire.

Ben Lepetit : l’imprévu qui révèle un talent
Le 17 juin, le Festival d’Auvers-sur-Oise connut l’un de ces épisodes dont l’histoire des grandes manifestations musicales conserve souvent le souvenir. Quelques heures avant le concert, Fazıl Say était contraint d’annuler sa venue. Face à cette situation imprévue, le Festival fit appel à un très jeune pianiste de dix-neuf ans : Ben Lepetit.
Prévenu dans la matinée alors qu’il se trouvait à Prague, le musicien entreprit immédiatement le voyage vers la France. Il quittait la capitale tchèque à 15 h 50, atterrissait à Roissy à 17 h 45, rejoignait Auvers-sur-Oise à 18 h 45, puis ne disposait que de quelques instants pour découvrir le Yamaha CFX du Festival avant de monter sur scène à 21 heures.
Les circonstances rendaient le défi particulièrement exigeant. Il ne s’agissait pas seulement de remplacer, au pied levé, l’un des pianistes les plus renommés de la scène internationale, mais aussi de convaincre un public venu avant tout entendre Fazıl Say.
Selon les organisateurs, Ben Lepetit releva ce défi avec un aplomb et une maturité remarquables. Son programme, consacré à Mozart, Ravel, Scriabine et Rachmaninov, dissipa rapidement les réserves que pouvait susciter une telle substitution de dernière minute. Son jeu, salué pour sa maîtrise, suscita l’enthousiasme d’une salle bientôt entièrement conquise.
La soirée prit ainsi une dimension inattendue. Plus qu’un remplacement, elle devint la découverte d’un jeune musicien dont plusieurs observateurs retiendront désormais le nom.

Né à Chemnitz en 2006, Ben Lepetit effectue sa première apparition publique à l’âge de cinq ans avant de donner son premier récital quatre ans plus tard. Son parcours est rapidement marqué par plusieurs distinctions internationales, notamment au Concours international Steinway de Hambourg, au Concours Robert Schumann de Düsseldorf et au Concours Franz Liszt pour jeunes pianistes de Weimar.
Son itinéraire présente également une singularité peu commune : une interruption de près de trois années dans l’étude du piano entre 2019 et 2022, avant de reprendre sa formation auprès de Michail Lifits, à la Hochschule für Musik Franz Liszt de Weimar, où il poursuit aujourd’hui ses études.
Quelques mois seulement avant son passage à Auvers-sur-Oise, le 15 février 2026, il remportait le Premier Prix du 24ᵉ Concours International Piano Campus, auquel s’ajoutaient dix prix spéciaux, dont le Prix du Public, sous la présidence du pianiste Michel Béroff.

Depuis sa création, le Festival d’Auvers-sur-Oise s’est donné pour mission de faire dialoguer les artistes les plus confirmés avec les nouvelles générations. Cette vocation s’exprime à travers sa programmation, mais aussi par sa capacité à offrir une scène à de jeunes interprètes lorsque les circonstances le permettent. L’histoire de la musique est jalonnée de carrières dont le véritable point de départ fut un remplacement de dernière minute ; la soirée du 17 juin rappelle combien l’imprévu peut parfois devenir une occasion de révélation.
Dans un village où tant d’artistes sont venus écrire une page décisive de leur parcours, cette soirée ajoutait un nouveau chapitre à cette histoire. À Auvers-sur-Oise, le patrimoine n’a jamais consisté à conserver le passé sous une cloche de verre. Il demeure vivant précisément parce qu’il continue d’accueillir les créateurs d’aujourd’hui et, peut-être, les grandes figures de demain.

Renaud Capuçon : l’excellence de l’interprétation et l’exigence de la transmission
Les 19 et 20 juin, le Festival d’Auvers-sur-Oise retrouvait l’une des figures les plus emblématiques du violon contemporain. Il n’est guère nécessaire de présenter Renaud Capuçon, souvent considéré comme l’un des plus grands violonistes français de sa génération et l’un des interprètes majeurs de la scène internationale. Sa présence à Auvers s’inscrit désormais dans une fidélité qui accompagne l’histoire récente du Festival.
L’attente du public en témoignait éloquemment : l’église Notre-Dame d’Auvers-sur-Oise affichait complet depuis plus d’un mois. Pour ce concert, Renaud Capuçon retrouvait son partenaire habituel, le pianiste Guillaume Bellom, avec lequel il partage une longue complicité artistique.
Le programme associait la Sonate n° 5 en fa majeur op. 24 « Le Printemps » de Ludwig van Beethoven, proposée comme un prélude symbolique aux célébrations de 2027 qui marqueront le bicentenaire de la disparition du compositeur, puis la Troisième Sonate op. 108 de Johannes Brahms, l’une des œuvres majeures du répertoire pour violon et piano.

Au cœur de la soirée figurait Short Stories, partition de Thierry Escaich, compositeur invité de cette quarante-cinquième édition et présent dans l’église à l’occasion du concert. Inspirée par le Val-d’Oise, terre qui entretient depuis longtemps des liens privilégiés avec le cinéma, cette œuvre est conçue comme une succession de cinq courts-métrages musicaux reliés par un même leitmotiv. Nourrie par l’expérience d’improvisateur du compositeur, elle développe une écriture où chaque épisode possède son identité propre tout en participant à une construction d’ensemble.
Selon les éléments communiqués par le Festival, Renaud Capuçon et Guillaume Bellom en ont proposé une interprétation qui retrouvait l’esprit de la création donnée huit ans plus tôt à Neuvy-Saint-Sépulchre, tout en respectant avec une grande fidélité les intentions du compositeur. La présence de Thierry Escaich donnait naturellement une dimension particulière à cette exécution, chaleureusement saluée par le public.
Pour conclure cette soirée, Renaud Capuçon offrit deux bis qui prolongeaient le fil conducteur cinématographique du programme : Smile, composé par Charlie Chaplin, puis Moon River, de Henry Mancini. Le public, debout, réserva une longue ovation aux artistes avant de prolonger la rencontre lors d’une importante séance de dédicaces.

Le lendemain, le Festival quittait l’église Notre-Dame pour rejoindre la Maison-atelier Daubigny, haut lieu du patrimoine artistique d’Auvers-sur-Oise. Construite par Charles-François Daubigny, cette demeure demeure l’un des symboles de cette communauté d’artistes qui transforma durablement le visage culturel du village et prépara, quelques décennies plus tard, l’arrivée de Vincent van Gogh.
C’est dans ce cadre chargé d’histoire que Renaud Capuçon animait une masterclass consacrée à six jeunes violonistes. Cette rencontre permettait de découvrir une autre dimension de son activité : celle de la transmission. Selon les organisateurs, son enseignement se caractérisait par une attention constante aux paramètres techniques mis au service de l’expression musicale. La position de l’archet, la gestion du point de contact avec la corde, la qualité de l’attaque ou encore le contrôle du vibrato étaient abordés non comme des objectifs en eux-mêmes, mais comme les instruments d’une pensée musicale plus large.
Les corrections étaient formulées en relation directe avec la couleur sonore recherchée et avec l’intention du phrasé. Ce qui ressortait particulièrement de cette séance était la continuité entre l’interprète et le pédagogue : une même exigence de lisibilité du geste musical, une même attention portée à la respiration des phrases et à la construction du discours.

Pour les six jeunes violonistes invités à participer à cette masterclass, cette rencontre représentait bien davantage qu’un simple perfectionnement technique. Elle offrait une réflexion sur le jeu instrumental envisagé comme un véritable langage. Le public, demeuré silencieux et attentif tout au long de la séance, assistait à ce dialogue permanent entre intention artistique et réalisation concrète, observant la manière dont une interprétation se construit progressivement.
Cette dimension pédagogique occupe une place essentielle dans l’identité du Festival d’Auvers-sur-Oise. Depuis sa création, celui-ci ne se limite pas à accueillir les grandes figures de la scène internationale ; il s’attache également à favoriser la transmission entre générations, convaincu que le patrimoine musical ne demeure vivant qu’à travers ceux qui le font vivre, l’enseignent et le réinventent. Dans un village où la mémoire artistique se nourrit constamment de nouvelles créations, cette volonté de transmettre apparaît comme le prolongement naturel de l’histoire culturelle d’Auvers-sur-Oise.

Lea Desandre, Thomas Dunford et l’Ensemble Jupiter : une carte blanche entre héritage et liberté
Le 26 juin, le Festival d’Auvers-sur-Oise retrouvait trois artistes qui entretiennent désormais avec lui une relation privilégiée. En quasi-résidence depuis quatre années, Lea Desandre, Thomas Dunford et l’Ensemble Jupiter étaient invités à disposer d’une véritable carte blanche, formule qui leur permettait de dévoiler au public toute la richesse de leur univers musical.
Le principe même de la carte blanche occupe une place particulière dans la vie d’un festival. Il ne s’agit plus seulement d’interpréter un répertoire déterminé, mais de construire un parcours reflétant une sensibilité artistique et une vision personnelle de la musique. À Auvers-sur-Oise, cette liberté prend une résonance particulière dans un village où les artistes ont toujours trouvé un espace favorable à l’expérimentation et au dialogue entre les disciplines.

Le programme imaginé par Lea Desandre, Thomas Dunford et l’Ensemble Jupiter proposait un voyage à travers plusieurs siècles d’histoire musicale. De John Dowland à John Lennon, de Henry Purcell à Paul McCartney, en passant par Antonio Vivaldi et Georg Friedrich Handel, cette traversée dessinait un itinéraire aussi audacieux que cohérent, porté par un Ensemble Jupiter présenté comme étant au sommet de son art.
La soirée réunissait deux personnalités artistiques aux parcours complémentaires.
D’un côté, Lea Desandre, aujourd’hui reconnue comme l’une des grandes mezzo-sopranos coloratures de la scène internationale.
De l’autre, Thomas Dunford, remarquable luthiste et chanteur pop, qualifié de « troubadour des temps modernes », dont la personnalité artistique apporte à chacun de ses projets une spontanéité et une fraîcheur saluées par le public.

Cette complémentarité constituait l’un des fils conducteurs du concert, où les différentes œuvres trouvaient une unité malgré la diversité des époques et des styles abordés.
La soirée se déroulait dans des conditions particulières, marquées par une chaleur caniculaire. Pourtant, les deux heures de concert, données sans entracte, s’écoulèrent avec une rapidité qui témoignait de l’adhésion constante du public au programme proposé.
À l’issue du concert, les artistes furent salués par une longue standing ovation, ponctuée de nombreux rappels. Pour conclure cette carte blanche, Thomas Dunford présenta un à un les musiciens de l’Ensemble Jupiter dans un clin d’œil assumé aux concerts des années soixante, avant de rendre hommage à Lea Desandre, saluée comme la véritable reine de cette soirée.

Au fil de cette seconde quinzaine de juin, une évidence s’est progressivement imposée. Le Festival d’Auvers-sur-Oise ne se contente pas d’accueillir une succession de concerts ; il participe à une vision plus large où le patrimoine devient un moteur de création. La musique dialogue ici avec l’histoire des lieux, avec la mémoire des peintres qui ont façonné l’identité d’Auvers, mais aussi avec les générations d’artistes qui continuent d’y trouver un espace de recherche, de rencontre et de renouvellement.
Cette conception de la culture, fondée sur la transmission autant que sur l’innovation, contribue depuis quarante-cinq ans à faire d’Auvers-sur-Oise bien davantage qu’un haut lieu de mémoire consacré à Vincent van Gogh. Le village affirme progressivement sa vocation de territoire vivant, où les disciplines artistiques, loin d’évoluer séparément, nourrissent une réflexion commune sur la création contemporaine.
C’est dans cette continuité que s’inscrit le Festival, dont chaque édition rappelle que les œuvres du passé ne demeurent pleinement vivantes qu’à la condition d’inspirer celles de demain.
Notre chronique se poursuivra prochainement avec les trois derniers rendez-vous du Festival, les concerts des 27 juin, 1ᵉʳ juillet et 3 juillet, avant que le « Postlude » de septembre ne vienne clore cette quarante-cinquième édition.

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